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Gouverner, c’est prévoir… PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Par A. Mbog Pibasso   
Mercredi, 11 Janvier 2012 08:51

Il y a quelque jours, Douala a été secouée par une vague de violences urbaines, rappelant un tout petit peu les tristes « villes mortes » des années de braise d’il y a vingt ans, où la vie de certains Camerounais, notamment ceux des habitants de la cité économique, était rythmée par une

 

contestation populaire assortie de violences sociales. Une violence exercée par les gouvernants décidés à se maintenir vaille que vaille au pouvoir, nonobstant le vent démocratique qui voulait les renverser, une violence encouragée et entretenue également par une opposition avide de pouvoir et décidée à se servir du peuple pour atteindre son objectif, une violence exercée sur les Camerounais par les brigands qui, profitant d’un dysfonctionnement dans le fonctionnement des institutions et de la situation peu favorable de ceux qui les incarnaient, ont voulu transformer le pays en un no man’s land, les uns et les autres se comportant comme dans la jungle. Le Cameroun venait ainsi de rater de peu de basculer dans la guerre civile, tant toutes les conditions ou presque de dislocation sociale étaient réunies pour « le berceau de nos ancêtres ». Le Cameroun était quasiment transformé en un champ de tir contrôlé par des gangs décidés à en découdre, au nom d’intérêts partisans et égoïstes.
Les violences urbaines qu’a connues la métropole économique du Cameroun en ce début d’année, où l’assassinat d’un jeune homme par les individus sur une moto a provoqué une vive réaction des riverains du quartier Deido qui, dans la foulée, ont interdit le passage des motos dans leur quartier. Dans ces affrontements, des motos ont été incendiées, des maisons et des commerces pillés et incendiés, des dizaines de personnes blessées, deux nouveaux morts sur le carreau, portant provisoirement le bilan macabre à trois morts, des personnes qui ne demandaient pourtant qu’à vivre. Des morts qui sont certainement d’innocentes victimes d’une société à la fois intolérante et guidée par des intérêts partisans, des morts, victimes d’une inorganisation sociale où les politiques ont du mal à trouver une alternative au mal être ambiant, où la plupart des habitants sont étreints par une misère rampante et systémique.

 

 


Le Cameroun est un pays merveilleux


Au-delà de la disparition tragique de ces compatriotes sacrifiés sur l’autel de l’insécurité et de l’intolérance, on a été surtout frappé par tout le tintamarre fait autour d’un incident qui, sans véritablement vouloir le banaliser, n’en est pas moins ordinaire au regard de ce qui se passe au quotidien dans les villes et campagnes camerounaises. En attendant la fin des enquêtes, on peut affirmer, sans avoir peur de se dédire, que la mort de ce jeune homme est à mettre dans le registre de l’insécurité sociale que connaît, hélas, la plupart des localités du pays. Nonobstant cette réalité, on a vu des gens guidés par un repli identitaire primaire, dont l’on s’interroge sur sa raison d’être, se cacher derrière une protection des minorités pour agir, tandis que d’autres faisaient étalage de leur dynamisme, donnant même l’impression qu’eux seuls étaient capables de bâtir le Cameroun. Un discours inutilement haineux, sur fond de démagogie politicienne et de positionnement tribalo-politique, qui, malheureusement, a trouvé un terrain fertile de part et d’autre, entrainant violences sur violences, sans qu’on ait même un moindre respect sur les pauvres victimes. A ceux qui ont trouvé un moyen de pêcher en eau trouble à travers les « événements de Deido », qu’il me plaise de leur rappeler que le Cameroun n’est pas un brasier qu’ils peuvent allumer au gré de leurs intérêts. Non, non et non !
Ce pays, merveilleux de surcroit, appartient à tous ses enfants. Il a besoin de la contribution de tous et de chacun pour son édification. Gare aux petits malins qui croient exploiter le mal être ambiant et profiter de la naïveté des « frères du village » pour assouvir des desseins inavoués. Le châtiment qui doit leur être réservé devrait être proportionnel à la nature de leur crime. Car, celui qui essaie d’opposer les Camerounais contre les Camerounais mérite d’être châtié sans la moindre réserve, comme le prévoient non seulement les lois et règlements de la République , mais également comme le veut notre tradition qui voudrait que nos différences, loin de nous diviser, soient un facteur de richesse et de complémentarité. Mais, tel le Malin qui ne dort jamais, il revient aux Camerounais de se montrer vigilants, car, sans être le prophète des malheurs, les événements comme ceux de Deido pourraient se multiplier à travers le pays et leur mauvaise gestion constitue malheureusement un gros risque pour la stabilité et la cohésion sociales.

La solution passe par la bonne gouvernance

Parce qu’on ne sait pas toujours quand une étincelle peut être jetée, surtout un incendie criminel qui a la particularité d’être minutieusement préparé, l’on se devrait, notamment les autorités, mais également le reste de la population, mettre sur pied un système d’alerte dont la singularité ici est, à défaut de prévoir tout risque d’incohésion sociale, trouver tout au moins des solutions rapides et efficaces au conflit social qui se serait déclaré. Ceci requiert un minimum de bonne volonté des citoyens, mais aussi un minimum de précautions de la part des gouvernants qui donnent souvent l’impression d’être pris au dépourvu à la moindre crise sociale. Evidemment, la réponse à ces inquiétudes ne saurait être que juridique. Elle est même davantage politique, en ce sens que cela relève de la gestion de la cité. Gouverner, c’est prévoir, dit-on. Aussi, pense-t-on que les gouvernants doivent favoriser l’éclosion d’une société libre et démocratique, où le plein épanouissement économique profite à tous les citoyens. La concentration des richesses du pays entre les mains d’une extrême minorité de privilégiés constitue une bombe à retardement pour le pouvoir.

Feindre d’ignorer cette réalité s’avère suicidaire.


Que l’on ne s’y méprenne pas, s’il y a révolution sociale au Cameroun, elle ne résultera que de l’aggravation des inégalités, l’absence d’alternative au mal être, la pauvreté de la masse, une misère rampante et systémique, bref, l’absence d’un espoir pour le lendemain. Et quand l’espoir fout le camp, on perd la raison, on est comme un forcené, prêt à tout, y compris le sacrifice suprême. C’est dire qu’au-delà de toutes les considérations politiques, sociales, culturelles, économiques ou environnementales, la solution se trouve en une meilleure redistribution des richesses du pays. S’éterniser dans la mal gouvernance est un gros risque pour l’équilibre social. Comme disent souvent les Camerounais d’en bas, « un cadavre n’a pas peur du cercueil ». Mieux qu’à tous les Camerounais, il revient davantage aux gouvernants de tirer les conséquences que peuvent entraîner des mécontentements sociaux.

 

Mise à jour le Mercredi, 11 Janvier 2012 10:06
 

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