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Quelle fête pour quelle jeunesse ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Par A. Mbog Pibasso   
Mercredi, 08 Février 2012 08:45

Samedi le 11 février 2012, la jeunesse camerounaise, où tout au moins, une jeunesse du Cameroun, se retrouvera pour la 46è fois consécutive dans les villes et campagnes, pour fêter en son honneur. Cela n’arrive qu’une fois l’année, et c’est tout naturellement que cette commémoration est

loin de passer inaperçue dans les milieux jeunes, qu’ils soient scolarisés on non, riches ou pauvres, travailleurs ou chômeurs, filles ou garçons, indépendamment du fait que beaucoup ignorent même le sens de cette commémoration. La fête de la Jeunesse ne laisse donc pas indifférent, surtout qu’avant le clou de l’événement que constitue le défilé à travers le pays le 11 février, les jeunes ont au préalable durant une semaine, mené moult activités sportives et culturelles, sans oublier le traditionnel message du Président de la République à ses jeunes compatriotes la veille de la Fête.
Entre les tout petits de la maternelle, les mômes de l’école primaire, les adolescents du secondaire, les adultes des universités, des grandes écoles, des mouvements de jeunesse ou des partis politiques, mais aussi des jeunes désœuvrés et oisifs, il va de soi que cette fête de la jeunesse est loin de signifier la même chose pour tous les jeunes. On le comprend, car entre ceux qui sont naïfs et tout heureux de participer à la fête sans en connaître la moindre des motivations, l’essentiel pour eux étant de fêter, et les plus aguerris qui s’interrogent sur leur avenir dans un contexte où l’insertion professionnelle est hypothétique que jamais, il va sans dire qu’on ne puisse pas observer le même enthousiasme. Pour les premiers, l’essentiel, c’est de participer comme pour reprendre cette  boutade du Français Pierre de Coubertin parlant de la participation des équipes et des athlètes aux Jeux olympiques, tandis pour les seconds, l’on pense que « la fête pour la fête » n’a aucun sens.
Justement, parce que « la fête pour la fête » est un concept creux qu’il il faut plus jamais, donner un sens et un contenu réels à la Fête nationale de la Jeunesse. Le constat est simple : de millions de Camerounais sont incapables de situer la raison fondamentale qui institue la Fête Nationale de la Jeunesse. On a même le sentiment que personne ne veut savoir, et que les autorités sont indifférentes à cette méconnaissance d’un pan de l’Histoire politique de notre pays. Qu’est-ce qui est historiquement à l’origine de cette célébration ? Combien de jeunes, voire de Camerounais de manière générale peuvent situer le contexte politique ayant abouti à la création de la Fête Nationale de la Jeunesse ? Quels en sont les objectifs poursuivis ? Y a-t-il lieu d’y apporter des amendements par rapport à son déroulement actuel ? Faut-il la supprimer ou la rendre plus solennelle ? Un demi-siècle après, doit-on continuer à l’appeler fête de la jeunesse ? Qu’est-ce que la jeunesse pense de cette fête ? Autant de questions et biens d’autres qu’on peut se poser et dont des réponses appropriées permettraient de mieux cerner les enjeux de la Fête Nationale de la Jeunesse.
Au regard de ce qui se passe, on a le sentiment que les autorités en font un simple moment de célébration avec au menu, un thème annuel, et les activités immuables qui se déclinent en l’organisation des activités sportives et culturelles, le message du Chef de l’Etat et le défilé à travers le pays. Toutefois, en attendant que les politiques sortent de leur sommeil cadavérique dans l’espoir d’apporter des réponses idoines aux questions de fond en sus, l’on pourrait encore et davantage se poser d’autres bonnes questions, dont la principale pourrait se décliner dans ce bout de phrase aux allures d’une double interrogation : quelle fête pour quelle jeunesse ? Le contexte social, politique, économique et culturel plaide pour une clarification, afin que la fête de la Jeunesse du folklore où l’on veut la confiner. Quelle fête pour quelle jeunesse ? Il s’agit d’une question a priori simple, mais dont la complexité n’en est pas moindre, au regard même du contenu de cette fête et surtout de la difficulté à situer la jeunesse. Quels en sont les critères de définition? Les jeunes sont des personnes de quelles tranches d’âge ? On sait par nature que des termes englobant ou génériques ont ceci de particulier qu’ils entretiennent le flou.
Cela dit, voilà bientôt un demi-siècle que la jeunesse camerounaise est en fête chaque le 11 février. Sauf que cette jeunesse se sent flouée et manipulée par des aînés, notamment les politiques qui ne font pas suffisamment d’efforts pour passer la main. Pourtant, cette jeunesse est magnifiée comme « le fer de lance de la Nation » et présentée comme « le Cameroun de demain ». Mais curieusement, on a le sentiment qu’on veut confiner les jeunes à l’assistanat. Accéder au monde du travail est de plus en plus difficile au point que les « jeunes » de quarante ans et plus bien que bardés de diplômes et nantis d’une formation qualifiante, continuent de squatter dans une chambrette, à deux ou à trois, et « bagarrent » au quotidien avec les mômes autour d’un plat de beignets-haricot péniblement obtenu par des parents désargentés. Comment la jeunesse, cette jeunesse peut-elle être le Cameroun de demain, si à trente ans, quarante ans et plus, on n’a pas la chance de se frotter au monde de l’emploi et vit au dépend des autres? Comment cette jeunesse peut- elle être véritablement le fer de lance de la Nation quand elle est exclut de la gestion des affaires de la cité ? Même dans les formations politiques et les associations, cette jeunesse n’a pas droit au chapitre, si ce n’est se résoudre à jouer aux garçons ou aux filles de courses.
Quelle fête pour quelle jeunesse quand des dirigeants décident de fouler au pied une prescription présidentielle instituant la gratuité des enseignements dans les écoles primaires publiques ? Quelle fête pour quelle jeunesse, désespérée, sans espoir face à un horizon incertain ? Quelle fête pour quelle jeunesse transformée en des damnés de la terre ? La situation est grave et nécessite qu’on s’en préoccupe et qu’on y apporte des réponses idoines. Il est temps qu’on sorte d’une rhétorique avilissante pour laisser place à l’action. A la rigueur, on n’incriminera pas à l’Etat, bien que ce soit son devoir, de n’avoir pas trouvé un emploi à tout le monde. Mais, il faut au moins que cet Etat crée les conditions de vie supportables pour permettre aux jeunes d’espérer. Cessez  donc de tromper la jeunesse, cessez d’utiliser les jeunes comme bétail électoral, des appâts mis au devant de la scène lorsqu’il faut défendre certains intérêts égoïstes. Si officiellement le gouvernement parle d’un taux de chômage des jeunes diplômés à plus de 30 % et situe au même moment le sous emploi à plus de 70%, l’on peut se faire soit même sa propre religion. C’est que la situation est grave, très grave même, et que si l’on ne prenne garde, la révolution sociale, la vraie, partira de cette jeunesse, qui, faute de toute alternative au mal être ambiant, sa lâchera telle une fauve à la poursuite d’une proie. Aux dirigeants de bien piger ce conseil. Pour le reste, bonne fête aux jeunes qui ont encore en cœur, la Fête de la Jeunesse.

Mise à jour le Mercredi, 08 Février 2012 09:49
 

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