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Ces octogénaires qui nous gouvernent PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Suzanne Kala-Lobè   
Lundi, 06 Février 2012 09:02

Les Regards de  cette semaine  sont les fils d’une chronique qui  se lit  en trois temps. Le premier estcelui du conte. Le second celui de l’information. Le troisième celui des conclusions.

Le temps du conte

C’est un conte onirique qui surfe sur uneactualité où un octogénaire veut faire tourner en bourrique le temps qui nous reste à bâtir lesfuturs. Cetoctogénairebrillantavocat, sulfureux homme politique, redoutable polémiste, visionnaire illuminé a  perdu la boussole. Il ne sait plus à quel point suspendre son temps et son œuvre alors, il use et abuse du temps de braves gens. Et le peuple lui répond aussi dans son désespoir en lui criant : assez ! Chacun a son temps et il  a fait sontemps. Abdoulaye Wade, n’accepte pas de sortir par la petite porte de l’histoire alors donnons-lui l’occasion de sortir par la grande porte.
Ce qui reste aujourd’hui au peuple sénégalais, c’est de battre Abdoulaye Wade   à la présidentielle de cette année. Son parti a bien été battu lors des élections législatives et municipales, prouvant ainsi le recul du candidat du Sopi dans l’opinion ! Lui qui, en 2000 incarnait en bleu les espoirs de plusieurs générations. Sans doute à tort et l’opposition de la gauche sénégalaise a baissé trop tôt la garde. D’erreurs en erreurs elle a laissé se cristalliser l’illusion d’un homme providentiel qui pouvait sauver le Sénégal, malgré lui. Depuis plus d’une décennie les recompositions del’opposition sénégalaise, ses reconstructions, montrent uneclasse politique  qui s’essaye à des formules sans jamais trouver la bonne dose d’alliance qu’il faut pour en finir avec le vieil homme et sa folie.
Ah, ces octogénaires qui nous gouvernent ! Ils ont traversé avec bonheur un siècle de temps de l’histoire du continentafricain. Ils ont vu les évolutions d’une société en perpétuelle mue qui n’arrive pas toujours à attraper la bonne cadence : pour ses luttes, ses grognes, ses protestations, la syntaxe de sa proprerévolte. Ils ont bravé pendant leur presque siècle de vie, les préjugés. Leur lutte contre l’indigénat a fait grandir en nous, leurs rejetons, la fierté d’être des afropolitainsaujourd’hui. Ils ont  su, comme le temps qui passe, effacer de leurs souvenirs les traces de leurs souillures. Ils ont su garder en eux ce qui fait la force de leur destin hors du commun. Ils sont comme le temps qui passe. Ils ne doivent donc  plus freiner le temps qui passe. Ils peuvent résister au temps  juste pour donner  à leur vie le temps de passer la main en changeant de place. Partir dignement en laissant leurs filets arrimés au présent pour dévoiler  les futurs africains. Nos octogénaires ont peur du vide que lisserait le temps. Eux qui ont rempli leur vie avec le temps des autres en se fiant au temps et au fait que tout passe... Il est temps pour eux de passer la main !
Longtemps le Sénégal a représenté un modèle pour l’ensemble du continent concernant la gestion des différences et celle de l’alternance. Cette illusion était d’autant plus rendue possible que l’on avait pris soin d’éliminer des faits historiques la manière dont la démocraties’estconstruite au Sénégal. Sous l’impulsion des mouvements d’une jeunessestimulée par Mai 68 en France ! Les contestations à l’Université Cheikh Anta Diop, furent réprimées dans unbain de sang. Il y eut des prisonnierspolitiques dont certains  périrent dans les bagnes de Senghor. Cette histoire sera furtive  vite gommée dans le discours officiel, pourpeaufiner l’idée d’une démocratie à la Sénégalaise exaltée par le poète-président.Le Sénégal a eu trois présidents depuis 1963 : date de la première élection présidentielle. Le troisième veut àla fois être le quatrième, le cinquième,  le énième,  en mettant le temps au défi. Mieux en suppliant le temps de suspendre son vol. Mais le temps continue de manière inexorable son œuvreimplacable : il rogne. Epuise. Essouffletous ceux qui n’arrivent pas à prendre la mesure du temps. De son temps.

Le temps de l’information

«La prochaine élection présidentielle sénégalaise, la dixième depuis son indépendance, doit permettre d'élire le président de la République du Sénégal pour un mandat de sept ans Le 26 février 2012, les 5,3 millions de citoyens inscrits sur les listes électorales sont appelés aux urnes. Le président sortant, Abdoulaye Wade, âgé de 85 ans, est candidat pour un troisième mandat. Les dernières élections municipales et régionales ont été favorables à l'opposition, la réforme constitutionnelle portée par le Parti démocratique sénégalaisvisant à réformer le processus électoral a échoué et de violentes manifestations ont eu lieu en juin 2011
Le 23 décembre 2011, Abdoulaye Wade est investi par le PDS. Le 2 janvier 2012, Youssou N'Dour annonce sa candidature. Le 4 janvier 2012, Moustapha Niasse est investi par la coalition de partis de l'opposition Benno Siggil Sénégal Le 4 janvier 2012, Ousmane Tanor Dieng est officiellement investi par le Parti socialiste et la coalition Benno ak Tanor durant son congrès d'investiture.
Le vendredi 27 janvier 2012, malgré l'opposition populaire, le Conseil constitutionnel, considérant que Abdoulaye Wade n'a pas effectué deux mandats car la limite n'existait pas au moment de sa première élection en 2000, valide sa candidature, tandis que celles de Youssou N'Dour, Kéba Keinde et Abdourahmane Sarr sont refusées. Plusieurs manifestations éclatent immédiatement après cette annonce, en particulier place de l'Obélisque à Dakar, à Thiès, Kaolack, Matam et Ourossogui.
14 candidats en lice  sont : Oumar Khassimou Dia, Diouma Diakhaté, Mor Dieng, Ousmane Tanor Dieng, Cheikh Bamba Dièye, Ibrahima Fall, Cheikh Tidiane Gadio, Doudou Ndoye, Djibril Ngom, Moustapha Niasse, Macky Sall, Idrissa Seck, Amsatou Sow Sidibé et Abdoulaye Wade. »
Les données sont là : mais  quelles sont leschances de Wade de l’emporter même si l’oppositionréunie dans un quatuor a décidé detout faire pour qu’Abdoulaye Wade retire sa candidature ?

Le temps des conclusions

Le mouvement socialSénégalais s’est  radicalisé sur fond de crise en même temps qu’il semble  encadré par les formations politiquesdans ces conditions la classe politique sénégalaise quiveut le départ de Wade peut et doit lebattre dans les urnes. En effet,   les coalitions qui se sont constituées autour de Mustapha Niasse  (ancien candidat de l’AFP) avec le mouvement Benno Siggil Senegal  et autour de Tanor Dieng avec Benno Ak Tanor peuvent devenir des catalyseurs suffisamment attractifs  pour capter les voix des déçus duWadisme au premiertour. Ils peuvent  déstabiliser lecandidat  du «Sopi dans la continuité du Wadisme» en restant  sur le terrain des luttes sociales sans se laisser enfermer dans un légalisme qui n’est pas nécessairement à leur avantage  et qui les détourne du fond de labataille étant donné l’imminence de la présidentielle ! Wade aurait-ilréussi en bon vieux renard rusé à empêcher que le débat  neporte sur les programmes?
Ces octogénaires qui nous gouvernent ne peuvent pas avoir plus de souffle que tout un peuple décidé, organisé, déterminé à changer. Malgré le lit de violences, l’alternance au Sénégal peut être le temps d’une  alternative, avec une nouvellegénération de leaders. Il est encore possible de ne plus laisser ces octogénaires qui nous gouvernent faire perdre du temps à l’histoire. Wade peut être battu, il faut le laisser se présenter. Car sa ruse est de faire perdre du temps au temps. Lui n’a plus rien à perdre. Il a tout son temps derrière lui !

Mise à jour le Lundi, 06 Février 2012 10:10
 

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