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En attendant le vote des bêtes sauvages PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Suzanne Kala-Lobè   
Lundi, 13 Février 2012 09:18

C’est en suivant les réactions des hommes politiques sur la dernière actualité liée au système électoral, qu’il m’ait venue cette référence à Kourouma... Et si tout cela n’était qu’une vaste comédie ? Un gag qui n'engage pas les acteurs politiques pour de vrai ? Pour ne pas

 

sacrifier aux nouvelles options de cette chronique, il nous faut passer au temps du conte...

Le temps du conte

En attendant le vote des bêtes sauvages est le titre d’un livre écrit par le regretté Ahmadou Kourouma, publié aux éditions du  Seuil  en 1998.

En utilisant un procédé romanesque et onirique, Ahmadou Kourouma, rend compte d’une réalité que l’on peut résumer ainsi : dans un pays africain imaginaire, le vénérable président-dictateur Koyaga écoute au cours d'une donsomana (geste expiatoire) le récit cathartique de sa vie durant six veillées données en son honneur par les griots de la confrérie de chasseurs à laquelle il appartient. Repu de compliments, complétant lui-même occasionnellement le récit, il ne soupçonne pas l'ambiguïté et les féroces critiques que ces flatteries dissimulent...Évoquant lors d'une veillée les exploits de l'un des auditeurs, Koyaga, le livre est en fait une critique et un catalogue des pratiques machiavéliques des dirigeants africains de la fin du XXe siècle. Le personnage principal, Koyaga (l'Homme au totem faucon), fait référence à Gnassingbé Eyadema, dirigeant du Togo (la République du Golfe). L'essentiel du parcours des deux personnages est identique.

Les entrepreneurs politiques ont ceci de particulier : ils essaient de donner à leurs actes une vertu, justifiant autant que faire se peut leurs convictions. S’ils tiennent, c'est parce qu'ils sont persuadés d'être outillés pour faire la guerre au mal... Le mal étant bien évidemment ce qui n'est pas eux... Mais l'autre, toujours diabolisé, toujours maléfique. Un mal qu’ils ont eux-mêmes défini à partir de leur prisme et de leurs propres paradigmes. Ils s'attaquent aux problèmes d’un point de vue strictement partisan: le bien est ce qu’Is pensent. Et ce qu'ils érigent en vérité pour l'humanité entière : à prendre ou à laisser ! 

Cette introduction ne vise qu’une chose : il faut regarder l’objet politique non pas cet comme un Ovni, mais comme une réalité complexe où la passion le dispute à la raison, où la manipulation  fait figure de conscientisation et où la propagande tient lieu de communication.

Les Regards de cette semaine reprennent le tempo si bien ourdi de la semaine dernière. Il faut un temps pour le conte onirique. Un temps pour l’information et le dernier pour les conclusions.

Comme tous les contes commencent par eguiguila é... Ewesé! Commençons donc notre histoire.

Le système électoral est une technostructure qui doit mettre en scène des technologies, des valeurs, des acteurs avec pour résultat de permettre aux meilleurs de gagner. Mais le système en soit n’est pas une garantie de la victoire des uns ou des autres. Il est certes un outil dont chacunpeut se servir, mais il est avant tout un instrument qui peut être mis au service des uns comme des autres.

La culture des urnes est une culture récente sur le continent. Depuis quand la dévolution du pouvoir a-t-elle été admise comme une alternance sans que l’on ne soit figé au système d’hérédité et de dévolution par le droit du sang ? Il cohabite toujours dans nos systèmes, des espaces où il est admis et accepté que la dévolution du pouvoir soit héréditaire tandis que l’on réclame à la république le droit de vote individualisé, laïcisé, qui mettent les entrepreneurs au même niveau. Cette réalité est le premier handicap ontologique. Vient ensuite l’habitude du parti unique qui n’a fait que renforcercette conception «sanguinaire» de la dévolution du pouvoir.

A côté de cet aspect anthropologique, il ya les habitudes d’une opposition qui a développé comme culture du changement la stratégie de l’insurrection, selon la bonne vieille tradition de gauche dont certains partis sont pétris «élections pièges à cons». Il s’ensuit un imbroglio, qui rend les partis de l’opposition africaine incapables de se mouvoir dans cette nouvelle donne où le vote est devenu l’instrument avéré de leur stratégie de changement. Paradoxalement toutes les formations ont renoncé à la révolution par d’autres voies en adoptant celle des urnes comme une panacée qui pourraitgarantirl’alternance. C’est dans ce contexte qu’il faut analyser les réactions des formations politiques camerounaises de même que sénégalaise face aux échéances auxquelles elles vont êtreconfrontées.

Le temps de l’information

Mardi 7 février 2012, un  décret du chef de l’Etat annonce qu’il y a aura (enfin !) la refonte des listes électorales. La refonte signifiant que l’on remet les compteurs à zéro et que la fabrication du fichier électoral sera l’objet d’un consensus, d’une construction pluripartite et que l’administration à la botte supposée du Rdpc ne serait plus le seul artisan de l’architecture électorale…

 Aussitôt les réactions des partis fusent de toutes parts et chacun y va de son cri de victoire. De ses réserves. De ses observations. La plupart des entrepreneurs de l’opposition restant cependant méfiante sans toutefois développer un argumentaire susceptible de remobiliser les troupes. Les diatribes n’en finissent pas de vilipender  l’adversaire et le temps passe sans que l’on ne sache ce que chacun veut faire. Du Manidem au Sdf, les commentaires ne rebondissent pas sur ce qu’il faut faire. Ce  que les camerounais demain doivent voter. Non. Les commentaires restent figés à la mesureprise, à la dénonciation et à la vindicte tribunitienne et le temps passe... La refonte apparaitalors comme une opération surprise  à laquelle ils ne se seraient pas attendus et pour laquelle ils ne  se sont  pas  préparés.

Les principales critiques autour de cette décision sont d’ordre structurel. Les acteurs de l’opposition restant sur leur fonction tribunitienne sans jamais se positionner comme desacteurs décidés à gagner et à renverser un système qu’ils ne cessent de décrier !

Le temps des conclusions.

La refonte des listes électorales est un chantier qui nécessite la mobilisation de tous les acteurs au plus haut niveau. Ce challenge devra permettre de mesurer la capacité d’organisation et l’inventivité des partis de l’opposition. Au pied du mur ils vont devoir renoncer à jouer les funambules et se mettre au travail. Les arguties déployées ici et là, ne sont qu’une manière de gagner du temps .Or le temps est  venu pour  qu’ils prennent leur responsabilité... Le contrôle du fichierélectoral est un atout majeurpour ceux etcelles qui pensent que l’alternance n’est possible que par la voie des urnes. A  ce titre, la qualité de l’organisation de l’opposition va déterminer des futurs camerounais pour les prochaines décennies. Mais à les voir danser la danse Bafia, sont-ils prêts à porter l’estocade à PaulBiya, le vieux grigou ? Rien  n’est moins sûr !

 

Mise à jour le Lundi, 13 Février 2012 10:35
 

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