Selon les chercheurs de l’IRD, les riverains du Lac Tchad s’adaptent à la baisse des eaux. Et développent des activités agricoles hautement rentables. Faut-il toujours renflouer le Lac Tchad ou laisser se développer l’agriculture sur les terres émergées suite son assèchement ? C’est
l’impasse dans laquelle se trouvent aujourd’hui les décideurs. Une équipe de chercheurs français et nigériens, en collaboration avec l’Ird, vient de démontrer que les habitants ont su s’adapter à ces bouleversements de leur environnement. A cause de la baisse des eaux qui a profondément impacté les éleveurs se sont reconvertis dans l’agriculture. Ainsi, sur les terres laissées nues par le lac en décrue, les riverains cultivent le maïs, le riz, le niébé…
Les chercheurs précisent que dans la vallée de la rivière Komadougou Yobe, au Niger, les riverains du lac ont entrepris la culture intensive du poivron, très rémunératrice et destiné à l’exportation. Du coup, la question de la remise à flot du Lac à partir de l’eau de l’Oubangui dans le cadre du Projet de renflouement du Lac Tchad, projet porté par la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) commence à poser problème car ils bouleverseraient une nouvelle fois fortement le système agricole, surtout si les fluctuations annuelles du niveau du lac disparaissaient. Lorsque le lac Tchad était à son niveau haut, jusque dans les années 1970, la principale activité des habitants demeurait la pêche. Celle-ci fournit à la fois de la nourriture et des revenus substantiels, grâce à l’exportation de poisson fumé ou séché. Situé au cœur de la bande sahélienne, le lac Tchad constitue une réserve d’eau douce essentielle pour les pêcheurs, les éleveurs et les agriculteurs des quatre pays riverains : le Niger, le Nigeria, le Tchad et le Cameroun. Ce lac a connu d’importants changements ces cinquante dernières années. A l’aube des indépendances, il était comparable à une mer intérieure d’une superficie de 20 000 km². Les sécheresses répétées des années 1970 et 1980 ont entraîné son assèchement rapide jusqu’à réduire sa superficie à environ 2 000 km². Les conséquences sur les populations sont dramatiques.
Mais elles ont pu s’adapter à l’assèchement. Jadis pêcheurs, certains riverains du lac ont changé d’activité pour devenir agriculteurs. Les terres laissées nues par le lac en régression sont prises d’assaut par les populations qui y cultivent des légumes et des céréales. A ces productions s’ajoute une culture de rente : le poivron. Essentiellement tourné vers l’exportation en direction du Nigeria, il s’agit d’une culture intensive le long de la rivière Komadugu Yobe, introduite d’abord sur initiative locale dans les années 1960, puis largement développée à l’incitation des pouvoirs publics, et des programmes de développement. Mais question essentielle subsiste : les avantages qu’offre l’assèchement du lac sont-elles supérieures à ceux que procurera son renflouement en eau dans le cadre du projet Oubangui ?
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